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POLITIQUES AGRICOLES
09.07.2026

Projet de loi d’urgence agricole : lettre ouverte aux sénateurs et sénatrices, aux candidat·es et à celles et ceux qui les élisent

09.07.2026 -

Châteauroux, le 9 juillet 2026,

 

Projet de loi d'urgence agricole : lettre ouverte aux sénateurs et sénatrices, aux candidat·es et à celles et ceux qui les élisent

Mesdames les sénatrices,

Mesdames et messieurs les candidats aux élections sénatoriales,

Mesdames et messieurs les élu.e.s des Conseils Départementaux et Municipaux,

Mesdames et messieurs les député.e.s,

 

Sénateurs et sénatrices, député.e.s, élus municipaux, départementaux et régionaux, la Confédération paysanne vous alerte sur les menaces que représente le projet de loi d'urgence agricole pour les territoires ruraux, les populations qui y vivent et une majorité de paysans et paysannes.

Alors que le Sénat, qui sera renouvelé de moitié en septembre, a débattu et voté ce texte la semaine dernière, nous appelons les sénateurs et sénatrices, ainsi que celles et ceux qui les élisent, à privilégier les intérêts des territoires ruraux, face à ceux de l'agro-industrie car ce texte ne répond pas aux problématiques qui traversent le monde agricole.

Accaparement de l'eau par une minorité d'irrigants

Ce projet de loi d'urgence est vecteur de conflits d'usage et d'intérêts : développer le stockage de l'eau dans un contexte de raréfaction de la ressource, c'est accroitre son accaparement par une minorité de grands irrigants, alors que les autres usagers, notamment les maraichers, subissent les restrictions d'usage provoquées par l'abaissement précoce des nappes. L'urgence est à la priorisation et au partage des usages de l'eau afin d'assurer les besoins vitaux. Contourner la démocratie locale, les décisions de justice et les études scientifiques ne peut qu'aggraver les tensions hydriques. La priorité doit être donnée aux solutions qui améliorent nos capacités de résilience agroécologique, telles que la préservation des zones humides et l'amélioration de la recharge des nappes.

Mise en danger de la santé des populations

Les alertes répétées de la communauté scientifique sur les impacts des pesticides sur les écosystèmes et la santé ne peuvent plus être ignorés. Les paysans et paysannes en sont les premières victimes et constatons une explosion des cancers précoces, des problèmes d'infertilité et des maladies neurodégénératives. Réautoriser l'acétamipride et le flupyradifurone constituerait un retour en arrière inacceptable. Au-delà des néonicotinoïdes, le projet de loi d'urgence menace la santé publique et nuit à la protection de l'eau potable, en multipliant les entraves à une évolution agroécologique des pratiques.

De fausses réponses aux difficultés de l'élevage

Moins de 2% des élevages sont soumis à une demande d'autorisation et moins de 8% à enregistrement au titre de la réglementation ICPE[1]. Le développement à marche forcée de l'élevage industriel, via la création d'un régime ICPE spécifique et la restriction des procédures de participation, est une aberration. Au regard des températures subies par les animaux, encourager la construction de bâtiments d'élevage XXL revient aussi à prendre le risque de surmortalité accrue. Ces mesures ne répondent en rien aux difficultés de la majorité des éleveurs et éleveuses, confronté.e.s à des problèmes de revenus et à la complexité des démarches administratives pour les petites fermes.

Des réponses insuffisantes sur le revenu

La rémunération des paysan·nes devrait être l'enjeu central de cette loi d'urgence mais les réponses apportées sont bien trop faibles. Elle n'apporte pas de garanties suffisantes sur les prix, le partage de la valeur, la régulation des volumes, la planification des productions et la protection des paysan·nes face aux concurrences déloyales qui s'exercent à travers la dérégulation des marchés.

Il est temps de sortir de l'aveuglement volontaire

Les colères et mobilisations agricoles ont exprimé des inquiétudes profondes. D'abord sur la possibilité d'être paysan et de vivre dignement de son métier. Ensuite sur le renouvellement des générations, qui concerne les cédants mais aussi, et en particulier, les jeunes générations désireuses d'exercer un métier qui a du sens. Enfin, une anxiété légitime est de plus en plus prégnante dans les campagnes : au vu des bouleversements climatiques et environnementaux que nous vivons de plein fouets ces derniers jours et semaines, de la perte de biodiversité, de la raréfaction des ressources et, en particulier, de l'eau, sera-t-il matériellement possible demain, selon les territoires, d'être éleveur, céréalier, maraîcher, apiculteur ou viticulteur ?

Ayant pour seule boussole l'amélioration de la compétitivité par la libération des outils de production, la loi d'urgence ne répond à aucune de ces inquiétudes. Il est grand temps de sortir de l'aveuglement volontaire et d'engager des politiques agricoles à la hauteur des enjeux climatiques douloureusement rappelés aux paysan·nes en ce début d'été.

Le comité de la Confédération Paysanne de l'Indre

 



[1] Rapport de la Cour des Comptes de 2022, sur l'encadrement et le contrôle des installations classées pour la protection de l'environnement (ICPE) dans le domaine agricole

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